Des îles artificielles au large de la Terre promise ? 

Israël veut maintenant coloniser la mer 

Parce qu'il faudra bien un jour lâcher les territoires palestiniens encore Occupés, Israël songe à gagner des terres sur la mer. Un projet pharaonique. 

JERUSALEM (de notre correspondant). - Ministre de l'Aménagement du territoire et des Infra­structures, Ariel Sharon s'est attelé à un projet qui lui ressemble, démesuré. Il s'agit d'établir une dizaine d'îles artificielles à un kilomètre du rivage pour pallier le manque de terrains qui freinera tôt ou tard le développement de la plupart des villes côtières d'Israël.

Que le bouillant «Arîk », le "bulldozer de la colonisation" comme l'appellent les médias, ait changé de cap au point d'envisager de coloniser la mer, en dit long sur l'évolution des esprits dans l'opinion publique îsraélienne. Sharon semble en être arrivé à la conclusion que la création d'un État palestinien est inéluctable. Et il en aurait tiré les conséquences qui s'imposent, tout en rêvant encore de grignoter par-ci par-là quelques morceaux de Cisjordanie: à savoir que désormais, l'expansionnisme territorial sioniste se heurte maintenant à des gardes-fous. D'où le dessein de construire en Méditerranée ces îles artificielles qu'Ariel Sharon a baptisées «îles au trésor ». 

Reliées par des tunnels 

L'idée n'est pas nouvelle, mais les experts estimaient sa réalisation trop coûteuse. Ariel Sharon semble donc tabler à présent sur les investissements privés, des joint-ventures, pour la rendre réalisable. Les gratte-ciels, les immeubles de rapport, les établissements hôteliers, les centres commerciaux, qui y seront construits, tout cela (sans compter la plus­value par mètre carré de terrain bâti) devraient permettre d'amortir assez rapidement des investissements colossaux. Selon les professeurs du Technion (l'université polytechnique de Haïfa), la construction de chacune de ces îles reviendra à un milliard de dollars (5,5 milliards de francs) et à cette somme, il faudra ajouter un autre milliard de dollars pour les infrastructures. Pour le pr Zimmel, l'un des maîtres d'œuvre du projet, chacune de ces dix îles aura une superficie d'un kilomètre carré (l'équivalent de la Vieille Ville de Jérusalem) et abritera 20000 résidents. Dix mille personnes s'y rendront quotidiennement pour y travailler, ainsi que 20000 touristes et visiteurs. Les îles seront reliées par des ponts à la terre ferme et communiqueront entre elles par des tunnels sous-marins. Chaque île sera divisée en zones résidentielle, touristique et commerciale, hôtels, parcs de loisir, plage de sable fin, port de plaisance faisant face à la plaine côtière, alors que les gratte-ciels, eux, seront tournés vers le grand large. 

Pourquoi pas des polders ?   

L'architecte Michael Burt, également associé au projet, tend en­core à l'amplifier. Il suggère d'établir une myriade d'îlots le long de la côte, d'une superficie totale de 40 km' et capables d'ac­cueillir un million d'insulaires. Les professeurs du Technion les plus imaginatifs avancent même la possibilité d'assécher par la suite le bras de mer entre les îles et la terre ferme, à la manière des polders néerlandais. Cela permettrait de gagner 160 kM2 de terres sur la Méditerranée. L'aéroport international de Tel­Aviv arrive à saturation. Des travaux destinés à augmenter sa capacité vont bientôt commencer. Mais, étant situé à proximité, d'un très dense tissu urbain, son extension future deviendra impos­sible. Cela motive la proposition de transférer l'aéroport de Tel­Aviv sur une île artificielle, comme à Osaka au Japon. L'expérience japonaise en la matière sera mise à profit, surtout au niveau des techniques de construction. Tout feu tout flamme, Ariel Sharon veut croire que, la première de ces îles verra le jour au large de Tel-Aviv dès l'an 2000.   

Serge RONEN.  O.F. 1997